Les séquestrés de Leclerc

Le 30 juin 2006, l'inspection du travail est venue faire un contrôle au supermarché Leclerc de Montbéliard. Les dirigeants du supermarché ont alors enfermé à clé des dizaines de salariés dans le noir, pour ne pas que les inspecteurs du travail ne constatent leur situation - travail en heures supplémentaires non payées, c'est-à-dire travail gratuit, "bénévolat" évidemment exigé par la direction. Les faits ont d'ailleurs été reconnus par le PDG, qui a parlé de "dissimulation provisoire" au lieu de "séquestration" !

Quatre mois après les faits, où en est-on ? Le PDG est toujours en place, et la seule sanction a été la suspension pendant 10 jours d'un subordonné du PDG. A l'illégalité et au cynisme s'ajoute l'impunité. 

Cette affaire est révélatrice d'une situation bien plus large, au delà de ces faits honteux. Le code du travail est dans l'ensemble favorable au patronat. Mais même favorable, pour certains patrons ça ne suffit pas : "toujours plus", c'est la devise du capitalisme, et ce "toujours plus" s'applique souvent sans aucun soucis des conséquences humaines et environnementales.

De nombreux capitalistes passent donc outre le code du travail, et imposent des situations extrêmement défavorables et contraignantes aux salariés, avec la pression du chantage au licenciement. Il faut donc constater que le chômage de masse fait des heureux : cela permet à des patrons-voyous d'exiger du travail gratuit à des salariés qui ont peur de perdre leur emploi.

Ce scandale des salariés séquestrés par leur direction est une nouvelle leçon pour ceux qui nous disent que la lutte des classes n'existerait plus. Dans le monde actuel, un patron peut violer la loi, bafouer les droits élémentaires des salariés, les traiter comme du bétail, et malgré tout ne pas être inquiété. C'est un exemple de lutte de classe capitaliste réussie : au profit du patronat, et donc au détriment des salariés.

Il est particulièrement effrayant d'apprendre que les salariés qui ont été ainsi traités ont peur de porter plainte. C'est cependant logique : la crainte du licenciement est provoquée par le contexte de crise capitaliste qui entraîne le sous-emploi. En économie capitaliste, il faut avoir des revenus réguliers pour pouvoir vivre et, étant donné le taux de chômage, le licenciement est synonyme de perte de revenu.

Le droit du travail n'est qu'une organisation du travail contraint, donc défavorable à ceux qui doivent se salarier. Mais même les maigres droits actuels, acquis par des luttes collectives, ne sont pas respectés. On le voit encore une fois : le système capitaliste ne permet pas l'égalité.

 

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