La crise capitaliste et le piège « générationnel » 

De février à avril, la mobilisation spontanée des étudiants et lycéens, rejoints dans une moindre mesure par les salariés, a aboutit à la semi-victoire qu’est le retrait du CPE - revendication qui était la plus médiatisée, mais qui était accompagnée de l’exigence d’abrogation du CNE, du retrait de la loi dite « d’égalité des chances »[1], de l’augmentation du nombre de postes aux concours de l’enseignement, et à partir du 26 mars de l’exigence de démission du gouvernement.

Cette mobilisation encourageante a cependant tendance à entraîner une analyse superficielle, de type « générationnelle », considérant que les jeunes d’aujourd’hui seraient les principales victimes de la crise économique (crise qui n’est en fait qu’une nouvelle manifestation de la crise permanente du capitalisme).

Bien sûr, une très grande majorité de jeunes subit directement la crise du capitalisme, qui se traduit quotidiennement en terme de pauvreté et de précarité. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité : le fonctionnement du capitalisme fait que ce sont les « faibles » qui subissent toujours pour l’ensemble du système. Les jeunes, sans contrat protecteur, subissent donc la situation de plein fouet, mais c’est également le cas de millions de chômeurs et de précaires.

Ce serait une erreur de croire que la situation d’une grande partie de la jeunesse serait due à une sorte de « racisme anti-jeunes ». C’est l’immense majorité des êtres humains de la planète qui subit la barbarie du capitalisme, du travail contraint, des idéologies réactionnaires qui contribuent au maintien des inégalités et opposent les exploités entre eux.

La situation de la jeunesse doit changer. Mais l’émancipation de la jeunesse ne pourra être véritablement réalisée qu’avec l’émancipation générale des opprimés, par un mouvement démocratique mondial libérant le monde de toutes les formes d’exploitation et de domination. Guy Debord écrivait en octobre 1967 : « La jeunesse révolutionnaire n’a pas d’autre voie que la fusion avec la masse des travailleurs qui, à partir de l’expérience des nouvelles conditions d’exploitation, vont reprendre la lutte pour la domination de leur monde, pour la suppression du travail »[2].

 

[1] Le terme même d’« égalité des chances » étant en soi un moyen de remplacer le concept d’égalité, qui n’est absolument pas une réalité dans le monde actuel - ce qui est logique puisque le principe d’égalité est en contradiction flagrante avec l’organisation présente de la société, qui repose sur l’exploitation d’une majorité par une minorité.

[2] Internationale situationniste, n° 11.

 

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