Elections présidentielles, ou démocratie ?

Le 22 avril se déroulera le principal événement censé justifier l’ordre établi en france. On nous a répété que le vote était le seul moyen légitime pour changer les choses. Au nom du « consensus social », il n’y aurait pas de place pour la désobéissance civile, pour la révolte, voire même, selon certains, pour la grève. Le paradis existerait donc bien sur terre et il serait gardé, non pas par un ange, mais par une urne électorale.

La réalité est toute autre : la Ve république actuelle est un Etat dont le caractère démocratique est essentiellement théorique. Le parlementarisme est devenu une activité très rentable pour des politiciens complètement détachés de la réalité populaire. Cette « démocratie » (« pouvoir du peuple » en grec ancien !) ressemble à une petite scène de batailles politiciennes opposant des clans avec plus ou moins le même programme, composés de professionnels complètement déconnectés de la population qu’ils disent représenter. La « république » (« chose publique » en latin) est réduite à une caricature grotesque.

On a vu ce système en action, par exemple en 2003-2004 : alors que le gouvernement Raffarin était largement désavoué dans la rue puis dans les urnes, il était maintenu. « C’est pas la rue qui gouverne » disait le premier ministre… C’est cette logique qui fut suivie quand cette même rue représentait la majorité de la population, lors des manifestations « anti-CPE ».

Le principe qui sous-tend ces élections présidentielles, c’est que le salut ne pourrait venir que d’un seul, un sur-homme, un sauveur, un illuminé tout puissant qui protégerait la « nation ». Le caractère post-monarchique de la Ve république et sa personnification du pouvoir empêchent encore plus ces élections d'être démocratiques.

Ces élections n’ont qu’un seul objectif : élire un chef et sa clique. Cette équipe ne rendra de comptes à personne, si ce n’est à des parlementaires, eux-mêmes indépendants du peuple.

De plus, en régime capitaliste le pouvoir politique est soumis avant tout au pouvoir économique. Les règles de l’Etat capitaliste fixent les limites des politiques possibles.

Ces élections ne sont donc qu'une parodie de démocratie.

Des améliorations démocratiques sont pourtant possibles. Voici l'article 4 de la constitution de 1793 (qui est la première constitution de l'histoire de la république) :

« Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ;
- Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année
 - Y vit de son travail
 - Ou acquiert une propriété
 - Ou épouse une Française
 - Ou adopte un enfant
 - Ou nourrit un vieillard ;
- Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité
Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français. »

On voit que la conception des révolutionnaires de 1793 était beaucoup plus ouverte, plus large et plus démocratique que la situation de 2007, et surtout que les discours nationalistes (et parfois racistes) que l'on entend souvent. Des progrès ont certes été réalisés depuis : le premier, fondamental, est l'instauration du véritable suffrage universel en incluant le vote des femmes. Egalement, l'age nécessaire est maintenant à 18 ans, mais en dehors de cela il y a eu régression.

Il faut obtenir l'application de ce principe démocratique de base : est citoyen français celui qui y vit depuis au moins un an. Cela n'est qu'une mesure transitoire, notre objectif étant que tous les êtres humains soient des citoyens du monde à part entière et à égalité.

En effet, les changements en profondeur qui sont nécessaires ne peuvent être menés que collectivement et mondialement. C’est pourquoi la démocratie mondiale et l'abolition du capitalisme, permettant l'égalité et la liberté pour tous, sont notre objectif politique fondamental.

Le cadre même de ces élections - uniquement national - ne permet donc pas de poser les problèmes sociaux de notre monde (et encore moins de les résoudre !).

La société actuelle repose sur la division entre une minorité qui dirige, et une majorité qui subit les décisions, sauf en de rares occasions où le système étatique, cadre pseudo-démocratique, est contesté par des mouvements démocratiques (manifestations, mouvements de grève, réappropriation populaire de la politique…).

Les travailleurs peuvent s’auto-organiser dans les luttes à travers des organes démocratiques qu’ils choisissent (AG, coordinations…). C’est donc à partir de cette démocratie à la base émanant des luttes, que peuvent apparaîtrent, au fur et à mesure que les luttes progressent, des assemblées qui ne se limiteraient plus à revendiquer, mais prendraient des décisions. Ces assemblées de quartier, d’entreprise, d’usagers, etc., travailleraient ensemble par le biais d’une coordination basée sur un modèle de délégués révocables à tout moment, et payés au salaire moyen. Ainsi, les décisions émaneraient directement du peuple. De là, naîtrait la démocratie directe.

Cette démocratie réelle peut être conquise par un approfondissement des mouvements de critique sociale, de luttes collectives pour l'auto-émancipation. La démocratie directe ce seraient des conseils regroupant l'ensemble de la population, des Assemblées Générales décisionnelles, une élaboration collective des contenus discutés démocratiquement (en effet, la démocratie ce n'est pas seulement le vote : c'est aussi la discussion qui permet de faire naître et d’améliorer les idées à mettre en œuvre).

Cela devrait s'accompagner du changement de l'organisation même du mode de production, de l'abolition du travail contraint et dirigé. La démocratie politique sans la démocratie économique (mise en commun des moyens de production) est impossible.

Tels sont les moyens de dépasser la crise de l'humanité, qui est la crise du capitalisme et de la direction oligarchique des Etats.

La conquête de la démocratie doit passer par la suppression de la fonction de président de la République, et par la remise en cause globale de la société hiérarchique-capitaliste. Les changements s'obtiendront dans les luttes, et il faut à tout prix éviter de les rendre stériles par une délégation à des « leaders ».

 

Voir aussi cet article de Jacques Rancière : http://multitudes.samizdat.net/Election-et-raison-democratique.html

 

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